
Qu'est-ce qu'une constellation familiale ?Origines et principes
Constellations familialesSommaire
- Une approche née de plusieurs courants
- Pourquoi parler de système familial ?
- Pourquoi « consteller » ?
- Une histoire qui devient visible
- Les trois grands principes systémiques
- Ce que nous ressentons n'est pas toujours facile à expliquer
- Une autre manière de regarder notre histoire
- Et si regarder autrement permettait d’avancer autrement ?
- Pour aller plus loin
Si une partie de ce que nous vivons aujourd’hui prenait sa source dans une histoire qui a commencé bien avant nous ?
Certains de nos problèmes semblent parfois difficiles à comprendre. Des difficultés relationnelles qui se répètent, l’impression de ne jamais vraiment trouver sa place, une culpabilité qui apparaît sans raison évidente, une peur qui empêche de vivre ou encore cette sensation de porter quelque chose qui ne nous appartient pas réellement.
Nous cherchons alors des explications dans notre histoire personnelle. C'est souvent nécessaire. Nous regardons notre enfance, nos expériences, nos blessures, nos choix. Mais, il existe une autre question que l’on peut se poser :
Si nous étions aussi influencés par le système familial auquel nous appartenons ?
C’est à partir de cette perspective que se sont développées les constellations familiales.
Aujourd’hui, cette approche est connue dans de nombreux pays. Elle propose de regarder une difficulté à la fois à partir de l'individu, et à partir des liens qui l’unissent à sa famille et aux générations qui l’ont précédé.
Une approche née de plusieurs courants
Les constellations familiales sont principalement associées à Bert Hellinger, psychothérapeute allemand qui a développé son approche à partir des années 1980 et 1990.
Son parcours est particulier. Il a étudié la philosophie, la théologie et la pédagogie, puis a travaillé pendant plusieurs années comme missionnaire en Afrique du Sud auprès des Zoulous. Il s’est ensuite formé à différents courants de psychothérapie et de travail avec les groupes et les familles.
Mais, réduire les constellations familiales à Bert Hellinger serait trop simple. Cette approche s’est construite à la rencontre de plusieurs courants qui, avant elle, avaient déjà commencé à déplacer le regard.
Les travaux de Virginia Satir, pionnière de la thérapie familiale, ont notamment donné une place importante à la représentation concrète des relations. Elle utilisait les « sculptures familiales », permettant de représenter physiquement les membres d’une famille et les relations qui les unissaient.
Ivan Boszormenyi-Nagy s’est, quant à lui, intéressé aux loyautés invisibles, aux obligations et aux formes de justice qui peuvent circuler entre les générations.
Le psychodrame de Jacob Levy Moreno constitue également une influence significative, notamment par la place donnée à la représentation et à l’expérience plutôt qu’à la seule parole.
Les constellations familiales apparaissent ainsi comme une synthèse originale de différents courants qui s’intéressaient déjà aux relations, aux groupes et aux systèmes humains.
Hellinger va ensuite développer sa propre approche, notamment autour de ce qu’il appelait les « ordres de l’amour ».
Mais au-delà de son histoire et de ses influences, une question demeure :
Pourquoi regarder la famille comme un système ?
Pourquoi parler de système familial ?
Nous avons souvent tendance à penser notre vie de manière individuelle. « Je suis comme ceci. J’ai vécu cela. Je suis responsable de mes choix. »
C’est vrai. Mais, nous sommes aussi nés quelque part. Avant même d’avoir construit notre propre histoire, nous sommes déjà inscrits dans une histoire familiale.
Nous sommes l’enfant de quelqu’un. Nous avons des parents, des grands-parents. Nous appartenons à une lignée dans laquelle se sont succédé des rencontres, des séparations, des naissances, des décès, des réussites, des échecs, des conflits, des silences et parfois des événements dont nous ne savons presque rien.
Une famille n’est donc pas simplement une addition d’individus. C’est un ensemble de relations.
Les personnes qui la composent sont reliées par des liens, des événements, des places, des histoires et parfois des blessures.
Certaines choses se transmettent, des valeurs, des façons d’aimer, des croyances, des comportements. Mais, aussi parfois des peurs, des conflits ou des fidélités dont nous ne sommes pas conscients.
C’est cette dimension relationnelle et systémique que les constellations cherchent à rendre visible.
La question n’est alors plus seulement : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Elle peut devenir : « Qu’est-ce qui se joue dans l’ensemble auquel j’appartiens ? »
Ce déplacement du regard peut changer beaucoup de choses.
Pourquoi « consteller » ?
Le mot semble étrange lorsque l’on découvre cette approche. Il évoque immédiatement les étoiles. Une étoile seule est une étoile. Mais, lorsque plusieurs étoiles sont regardées ensemble, une forme apparaît. Il en va un peu de même dans une constellation familiale.
Une personne peut avoir le sentiment d’être confrontée à un problème individuel. Elle peut chercher à comprendre pourquoi elle répète toujours les mêmes comportements, pourquoi certaines relations sont si difficiles ou pourquoi elle ressent certaines choses sans parvenir à en comprendre l’origine.
Mais, lorsqu’on replace cette personne dans l’ensemble auquel elle appartient, une autre lecture peut apparaître. Ce qui semblait être un problème isolé peut prendre une autre signification lorsqu’on le replace dans l’ensemble.
C’est là que la constellation devient intéressante. Elle ne cherche pas nécessairement à ajouter une explication à notre histoire. Elle cherche d’abord à changer notre manière de regarder cette histoire.
Une histoire qui devient visible
Concrètement, une constellation peut se pratiquer en groupe ou individuellement.
Dans un travail de groupe, une personne vient avec une situation qu’elle souhaite explorer. Cela peut être une difficulté relationnelle, une répétition, une sensation de blocage, une question concernant sa famille ou simplement l’impression de ne pas être à sa place.
Elle choisit alors des représentants pour certaines personnes de son système familial. Ces représentants sont placés dans l’espace devant elle.
Quelque chose de particulier se produit. Une histoire qui était jusque-là racontée avec des mots devient visible. Les distances apparaissent. Tout compte : l’orientation des corps, les regards, les rapprochements, les éloignements.
Parfois une tension. Parfois une émotion. Parfois simplement une sensation difficile à expliquer.
On ne parle plus seulement de la famille. On la représente. Cette représentation peut permettre de percevoir autrement une situation que l’on pensait pourtant connaître.
C’est une expérience particulière parce qu’elle ne passe pas uniquement par l’intellect. Le corps est également présent. Il peut ressentir ce que les mots ne parvenaient pas encore à exprimer.
Une personne peut comprendre quelque chose intellectuellement et, pourtant, ne pas le ressentir véritablement. Une autre peut ressentir très fortement quelque chose sans encore savoir l’expliquer.
La constellation permet parfois de faire le lien entre les deux. Comprendre. Ressentir. Voir. Parfois simplement rester avec ce qui est là.
Les trois grands principes systémiques
Pour comprendre le regard des constellations familiales, trois grandes dynamiques systémiques sont généralement mises en avant.
La première est celle de l’appartenance. Elle rappelle que chacun appartient à son système familial et que certains membres peuvent avoir été oubliés, exclus ou mis à l’écart.
La deuxième concerne l’ordre et la place. Dans une famille, chacun occupe une place particulière. Les parents sont les parents. Les enfants sont les enfants. Lorsque les places se mélangent, certaines dynamiques peuvent apparaître.
La troisième concerne l’équité, ou l’équilibre dans les relations. Elle s’intéresse notamment à ce qui circule entre les personnes : donner, recevoir, rendre, transmettre.
Ces trois principes constituent des repères essentiels dans le travail des constellations. Mais, les survoler ici est volontaire. Parce que chacun mérite que l’on prenne le temps de s’y arrêter, je leur consacre une série d’articles.
Ce que nous ressentons n'est pas toujours facile à expliquer
C’est peut-être aussi ce qui rend les constellations particulières.
Nous ne sommes pas uniquement des êtres qui réfléchissent. Nous sommes aussi des êtres qui ressentent. Notre corps réagit avant même que notre pensée ait trouvé une explication. Une présence nous apaise. Une autre nous met mal à l’aise.
Nous pouvons ressentir une tension sans savoir pourquoi. Nous pouvons entrer dans une pièce et avoir immédiatement envie de partir. Nous pouvons rencontrer quelqu’un et éprouver une proximité étrange. Tout cela ne signifie pas nécessairement qu’il existe une explication familiale cachée derrière chaque sensation. Il serait trop simple de vouloir tout relier.
Mais, cela nous rappelle quelque chose d’essentiel : nous percevons bien plus de choses que nous ne sommes capables de les expliquer. La constellation s’intéresse justement à cet espace. À ce qui peut être perçu. À ce qui peut être ressenti. À ce qui peut devenir visible lorsqu’on cesse, pendant un instant, de chercher immédiatement une explication.
Une autre manière de regarder notre histoire
Les constellations familiales ne consistent pas à chercher un coupable.
Il ne s’agit pas de désigner un parent, un grand-parent ou un ancêtre comme responsable de ce que nous vivons aujourd’hui. Il ne s’agit pas non plus de dire que tout vient de la famille. Notre histoire personnelle compte. Nos choix comptent. Notre environnement compte. Ce que nous vivons aujourd’hui compte.
Cependant notre histoire familiale fait partie également de ce qui nous constitue. Nous recevons tous quelque chose de ceux qui nous ont précédés : une manière d’aimer, une manière de nous protéger, des valeurs, des croyances, des façons de faire, des forces.
Mais, parfois aussi des peurs, des blessures ou des histoires qui n’ont jamais vraiment trouvé leur place.
Nous ne choisissons pas la famille dans laquelle nous naissons. Nous ne choisissons pas ce qui s’est passé avant nous. Nous ne pouvons pas réécrire l’histoire de ceux qui nous ont précédés. Mais, nous pouvons apprendre à la regarder. Peut-être à distinguer ce qui nous appartient de ce que nous avons porté par amour, par fidélité ou simplement parce que nous ignorions que nous pouvions faire autrement.
C’est là que le regard systémique peut devenir profondément intéressant. Il ne nous enferme pas nécessairement dans notre histoire. Il peut au contraire nous permettre de mieux comprendre ce qui nous influence. Parce que voir une dynamique ne signifie pas être condamné à la reproduire.
C’est souvent lorsque nous commençons à voir ce qui nous influence que nous pouvons commencer à choisir autrement.
Et si regarder autrement permettait d’avancer autrement ?
Nous sommes tous les héritiers d’une histoire que nous n’avons pas choisie. Une histoire qui nous précède. Une histoire qui nous a, en partie, construits. Mais, cette histoire n’est pas toute notre histoire. Nous sommes aussi ce que nous en faisons.
Consteller, pour ma part, c’est avant tout ouvrir un espace où quelque chose peut être regardé autrement. Sans chercher à forcer. Sans vouloir tout expliquer. Sans chercher immédiatement une solution.
Simplement regarder. Voir ce qui est là. Ressentir. Comprendre. Parfois reconnaître ce qui, jusqu’ici, n’avait pas encore pu être reconnu. Parce qu’il arrive qu’une chose change simplement parce que nous avons enfin pu la voir.
Nous ne choisissons pas l’histoire dont nous sommes issus. Mais, nous pouvons choisir la manière dont nous allons continuer à l’écrire.
Pour aller plus loin
- Bert Hellinger est connu pour ses travaux sur le Familienstellen et les « ordres de l'amour ».
- Virginia Satir, Thérapie du couple et de la famille, Desclée de Brouwer, 2006 (édition française de Conjoint Family Therapy, 1964).
- Ivan Boszormenyi-Nagy & Geraldine Spark, Invisible Loyalties: Reciprocity in Intergenerational Family Therapy, 1973.
- Jacob Levy Moreno, Fondements de la sociométrie, 1954 (édition française de Who Shall Survive ?, 1934).
- Konkolÿ Thege et al., « The Effectiveness of Family Constellation Therapy in Improving Mental Health », Family Process, 2021.



