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Être représentant

Dans le champ, personne n'est spectateur

Constellations familiales
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À la fin d’un atelier, ce n’est pas toujours la personne qui a posé sa constellation qui repart la plus bouleversée. Parfois, c’est celle qui a représenté une grand-mère qu’elle n’a jamais connue. Ou celle qui est restée assise toute la séance, et qui repart avec le sentiment que quelque chose a bougé en elle.

Quand on parle de constellations, on raconte presque toujours ce que voit le constellateur. Mais qu’en disent ceux qui sont dans le champ ? Ce qu’ils sentent dans leur corps, ce qui bouge en eux, ce qui change ensuite dans leurs relations ?

La recherche commence à s’y intéresser. En Allemagne, une équipe de l’université de Heidelberg a mené un essai contrôlé auprès de 208 adultes. Après un séminaire de constellations de trois jours, les participants vivaient mieux leurs relations que ceux restés en liste d’attente. Un an plus tard, l’amélioration était toujours là. Et plus d’un tiers des participants n’étaient pas venus poser leur propre constellation : ils participaient comme observateurs. En 2021, une revue de douze études a conclu à un effet modéré sur la santé mentale, tout en jugeant les preuves encore peu nombreuses et de qualité faible.

Ces chiffres disent que quelque chose se passe. Ils ne disent pas quoi. Pour cela, il faut écouter les personnes elles-mêmes. C’est ce qu’a fait une thèse de doctorat en psychologie, soutenue aux États-Unis en 2013 : quinze personnes y racontent leur expérience. Certaines ont posé leur constellation, d’autres ont été représentants, d’autres encore sont restées assises à regarder. En lisant leurs récits, j’ai retrouvé trois fils qui reviennent sans cesse. Et si vous hésitez à poser votre propre constellation, cet article est aussi pour vous.

Le champ qui porte

On imagine souvent qu’on guérit seul, à force de travail sur soi. Les participants de l’étude disent autre chose : ce qui les a d’abord aidés, c’est le groupe.

L’un d’eux le compare à un « filet de sécurité invisible », tendu par ceux qui entourent la scène. Personne ne juge. Alors on ose aller plus loin qu’on ne l’aurait fait seul.

Une femme n’avait confié une situation familiale qu’à son mari. Portée par la confiance du champ, elle l’a mise en place. Elle a vu les liens de chacun avec cette histoire, et sa propre part dedans. Sa conclusion tient en quelques mots : « je ne me sentais plus victime ».

On reconnaît ici le premier des principes systémiques, le droit de chacun à appartenir, mais aussi le respect du destin de chacun. Le champ ne les enseigne pas. Il les fait vivre.

Et le lien ne s’arrête pas aux personnes présentes. Une participante a vu la colère traverser plusieurs générations de sa famille. Elle a compris qu’elle en avait hérité bien plus qu’elle ne l’avait choisie. Une autre, qui a perdu ses deux parents, se sent aujourd’hui soutenue par sa lignée. Un homme, lui, a éprouvé le besoin d’aller sur la tombe de son grand-père, avec sa mère.

Représenter, regarder : on est touché aussi

Comment un inconnu pourrait-il sentir et éprouver ce qu’a vécu quelqu’un dont il ignore tout ?

C’est pourtant ce qui arrive. Un homme de formation scientifique, plutôt méfiant, représentait un père de famille. Face à la représentante de l’épouse, il a senti un amour « si intense qu’il pouvait à peine la regarder ». Face au fils, une distance qu’il ne s’expliquait pas. Le client a ensuite confirmé l’un et l’autre. Une femme sans enfant a été traversée par des émotions de mère, « comme une ampoule qui s’allume ». Une autre s’est surprise à frotter ses doigts l’un contre l’autre, un geste qui ne lui ressemble pas. Au même moment, la cliente faisait le même. Un tic de famille, venu d’ailleurs.

Jusque-là, rien de neuf pour qui a déjà constellé. Ce que l’étude apporte, c’est la suite : en prêtant son corps, le représentant reçoit aussi.

Une femme souffrant d’hypothyroïdie a représenté une mère, dans une constellation qui portait justement sur cette maladie. Elle est repartie « délicieusement fatiguée », enveloppée d’une douceur « comme du miel ». Ce n’est pas une coïncidence. En constellation, on n’est jamais choisi par hasard : le rôle qu’on nous confie vient souvent toucher quelque chose de notre propre histoire. Une autre, élevée dans la violence et la guerre, a trouvé un apaisement personnel en prenant la place de la guerre. Car en constellation, on ne représente pas seulement des personnes. On peut aussi incarner de grandes forces : la guerre, la bonté ou un pays, par exemple. Ces archétypes pèsent parfois autant dans un système qu’un ancêtre. Même un symptôme ou une maladie peut avoir son représentant. Des médecins qui ont étudié la méthode décrivent ce moment où, une fois l’équilibre retrouvé, celui qui représente le symptôme sent qu’il n’est plus nécessaire. Cela ne veut pas dire que le symptôme disparaît. Une constellation ne soigne pas : elle montre ce que le symptôme porte, et ce qui peut se dénouer. Lorsque le rôle rejoint notre propre histoire, résume une participante, on en profite « autant que si on était le client ».

Et ceux qui restent assis ? Une femme suivait la constellation d’un ancien officier rongé par la mort de ses hommes. Elle-même avait un proche marqué par la guerre. Elle dit avoir fait « sa propre constellation, assise en périphérie ». Un homme, après quinze ans de thérapie, affirme qu’il suffit parfois de regarder. Des chercheurs en médecine l’ont d’ailleurs noté en 2022 : participer comme représentant aux constellations des autres aide aussi à trouver des solutions pour sa propre situation.

Dans le champ, personne n’est spectateur.

Une énergie qui se ressent dans le corps

Avant de comprendre, on sent. Chaque participant le décrit à sa façon.

Une représentante parle d’élans puissants : se tourner, faire un pas, laisser sortir une phrase. Un témoin perçoit l’énergie à des endroits différents du corps selon la génération en jeu. Les pieds et les chevilles quand on remonte loin, les hanches ensuite, la poitrine et la tête pour les vivants.

Souvent, il n’y a rien à dire. Un regard échangé, une inclinaison de la tête, et quelque chose se dénoue.

Le champ se manifeste aussi avec de simples objets. Une femme a posé des flacons de vitamines pour figurer ses frères et sœurs. En passant à côté, elle a eu envie d’en frapper un du pied. C’était du mépris, qu’elle n’avait jamais nommé. Peu importe l’objet, disent les participants : il faut lâcher la tête et « descendre dans le cœur ».

Il arrive aussi que le champ s’élargisse au-delà d’une seule famille. Pendant une constellation sur l’adoption, une participante a senti passer en elle la peine « de toutes les personnes qui ont été adoptées ». Comme si une mémoire commune reliait tous ceux qui ont vécu la même chose. Certains rapprochent cela de la « résonance morphique » du biologiste Rupert Sheldrake. Je la prends comme une image utile, pas comme une explication.

Ce que j’en retiens

Que valent ces études ? Aucune ne démontre à elle seule que les constellations soignent. Les témoignages viennent de quinze personnes, passées pour la plupart par le même programme. Mais mis bout à bout, ces travaux nomment ce que beaucoup éprouvent en atelier : ce qui se joue au centre touche tout le champ.

D’où l’importance que j’accorde au cadre. La revue de 2021 le rappelle : une constellation peut soulever des émotions fortes en très peu de temps, et bousculer une personne fragile. Une pièce fermée, un groupe bienveillant, une présence qui veille : c’est ce cadre qui rend possible tout ce que racontent ces témoignages.

Vous n’êtes pas encore prêt à poser votre propre constellation ? Venez d’abord comme représentant. Vous prêterez votre corps à l’histoire d’un autre, sans rien avoir à raconter de la vôtre. Et vous découvrirez peut-être, comme ces participants, que quelque chose bouge aussi pour vous. C’est souvent la porte d’entrée la plus douce.

Une précision, enfin : une constellation ne se substitue ni à un médecin ni à un psychothérapeute. Elle vient les compléter.

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Sources

  • Ruhl, M. (2013). Clients’ Experiences of Family Constellations in Psychological Healing. Thèse de doctorat, Michigan School of Professional Psychology.
  • Hunger, C. et al. (2014). Improving Experience in Personal Social Systems through Family Constellation Seminars: Results of a Randomized Controlled Trial. Family Process, 53, 288–306.
  • Hunger, C. et al. (2015). Mid- and Long-Term Effects of Family Constellation Seminars in a General Population Sample: 8- and 12-Month Follow-Up. Family Process, 54, 344–358.
  • Konkolÿ Thege, B., Petroll, C., Rivas, C. et Scholtens, S. (2021). The Effectiveness of Family Constellation Therapy in Improving Mental Health: A Systematic Review. Family Process, 60(2), 409–423.
  • Capec, S., Petrek, M., Capec, G., Yaremkevych, R. et Andrashko, Y. (2022). Psychologic interventions in patients with the chronic dermatologic itch in atopic dermatitis and psoriasis: A step forward with family constellations seminars. Frontiers in Medicine, 9:965133.

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