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La tripartition de l'être

Ce dont nous sommes faits

Être et transformation
Sommaire

Il y a ce que l'on comprend, et ce qui nous touche. On peut connaître son histoire par cœur, l'avoir longuement explorée, et pourtant continuer à souffrir de la même façon. Alors pourquoi une constellation peut-elle atteindre, parfois en quelques minutes, ce que des années de réflexion n'ont pas réussi à apaiser ? Sans doute parce qu'elle ne s'adresse pas à la même partie de nous.

Car nous sommes faits de plusieurs dimensions. Une vision très ancienne, présente dans de nombreuses traditions spirituelles (le christianisme, l'hindouisme, le soufisme…), que je retrouve au cœur de mon travail, distingue dans l'être humain trois parties : un corps, une âme et un esprit. Elle ne prétend pas tout expliquer. Mais elle aide à comprendre ce qu'une constellation touche en nous, et pourquoi cela peut tant nous transformer.

Un corps et une nature profonde

Il y a d'abord le corps. C'est la part de nous que l'on connaît le mieux : celle qui bouge, celle qui a faim, qui a froid, qui se fatigue, qui sursaute au moindre bruit. Elle nous tient dans le concret, dans le quotidien. Elle nous relie à la terre.

Il y a ensuite l'esprit, au sens spirituel du terme : pas l'intelligence, ni le cerveau, ni ce qui se passe dans notre tête. Cet esprit-là échappe aux mots, et pourtant beaucoup d'entre nous l'ont déjà effleuré. Un moment de calme profond face à la mer. Une paix inattendue au milieu d'une épreuve. Le sentiment, parfois, d'être relié à quelque chose de plus grand que soi. Certains l'appellent notre nature profonde ; chacun lui donne le nom qu'il veut. C'est la part de nous qui reste intacte, malgré tout ce que nous avons traversé.

Nous sommes faits des deux à la fois : un corps qui naît, croît et meurt, et une nature profonde qui, elle, demeure. Et une vie peut consister, tout simplement, à laisser cette part paisible prendre de plus en plus de place dans notre quotidien. C'est elle qui nous mène, peu à peu, vers plus de sagesse, de sérénité, et d'ouverture aux autres.

Entre les deux, l'âme

Entre le corps et cette nature profonde, il y a tout ce qui s'agite en nous au fil des jours : nos pensées et nos émotions. Elles vont et viennent, changent au gré de ce qui nous arrive, là où la nature profonde, elle, reste calme. C'est ce qu'on appelle l'âme.

C'est elle qui nous occupe presque tout le temps.

D'un côté, nos émotions. Un agacement dans les embouteillages, un élan de tendresse, une pointe d'inquiétude : nous aimons, nous n'aimons pas, nous sommes attirés ou repoussés. Ces émotions sont éphémères, elles traversent nos journées sans y rester.

De l'autre, nos pensées. Nous réfléchissons, nous comparons, nous anticipons. Et elles ne connaissent pas de pause : du réveil au coucher, elles nous parlent, nous entraînent d'une idée à l'autre, et finissent souvent par nous emporter loin de l'instant présent.

Selon cette vision, l'âme ne serait pas enfermée en nous. Ce n'est pas une chose que nous posséderions, comme un organe. C'est plutôt ce qui nous relie les uns aux autres : à nos parents, à nos proches, à toutes les personnes qui ont compté dans notre vie, celles que nous avons aimées comme celles qui nous ont blessés.

Ces liens ne sont jamais neutres. Chacun garde la couleur de ce qui s'y est vécu : de la tendresse, de la colère, de la peur, de la gratitude. Et nous emportons ces couleurs avec nous. Ce que nous avons vécu avec nos parents continue de teinter nos relations d'aujourd'hui : on peut se surprendre à réagir face à un conjoint ou à un collègue comme on réagissait, enfant, face à son père ou à sa mère. Heureusement, le meilleur aussi continue de teinter nos relations : la tendresse, l'attention, la joie reçues s'enracinent en nous et colorent nos liens avec nos enfants, nos proches, ceux que nous croisons chaque jour.

Et ce qui pèse dans ces liens remonte parfois au-delà de notre propre vie, jusqu'à ceux qui nous ont précédés. C'est pourquoi ce qui s'agite en nous ne vient pas toujours de notre seule histoire. Et c'est là qu'une constellation peut aider à y voir plus clair.

L'âme, entre réflexes et nature profonde

Cette âme est comme un filtre, au carrefour de deux influences.

D'un côté, il y a nos réflexes de survie, ceux qui viennent du corps : se protéger, se défendre, ne manquer de rien, garder le contrôle. Ils sont utiles, ils nous ont permis de grandir. Mais quand ils prennent toute la place, ce sont nos travers qui mènent la danse : la peur, l'orgueil, le besoin de tout contrôler, la dépendance. On réagit au lieu de choisir, comme en pilote automatique.

De l'autre, il y a ce qui vient de notre nature profonde : l'amour, la compassion, la joie, la sérénité, la clarté. Quand l'âme s'ouvre à elles, ce ne sont plus des humeurs de passage. Elles s'installent, et elles transforment peu à peu notre façon d'être avec les autres. On regarde autour de soi, et on partage.

Le chemin de transformation tient peut-être tout entier là : apprendre, jour après jour, à ne plus laisser le pilote automatique décider à notre place, à écouter un peu moins nos peurs, et un peu plus ce qu'il y a de meilleur en nous.

C'est aussi ce que touche une constellation. Mais avant de voir comment, reste une question : si ce qu'il y a de meilleur en nous est toujours là, pourquoi est-il si difficile de l'écouter ? Ce sera l'objet du prochain article.

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